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Invit'à lire du samedi 20 Octobre 2007

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Les Invit' à lire du Samedi 20 Octobre 2007

 Invit'à lire

à 11h00, en section adulte

 

Les Larmes noires / Julius Lester ; Hachette jeunesse, 2007.

Les 2 et 3 mars 1859 eut lieu à Savannah, en Georgie, la plus grande vente aux enchères d'esclaves noirs. Au cours de ces deux jours, une pluie torrentielle s'abattit sur la région. Cet épisode de l'histoire américaine est connu comme "Le temps des larmes" : Julius Lester, auteur noir américain né en 1939 à Saint-Louis, Missouri, s'en est largement inspiré pour écrire ce texte bouleversant, qui retrace l'histoire d'Emma, l'une des jeunes esclaves de la plantation Butler vendue à ce moment-là, et celle de tous les noirs américains.

 

Sarcelles Dakar / Insa Sané ; Sarbacane/Exprim', 2006.

Un roman d'actualité sans concession sur la réalité des cités.

La trame poétique et lyrique du conte africain noue un lien entre les deux continents que sont l'Afrique et l'Europe. Dakar et Sarcelles : deux choix de vie, sur la famille, l'amour, l'amitié. Et par dessus tout la quête du père et de ses racines identitaires pour Djiraël et bien d'autres...

Marianne, secteur jeunesse

 

Le canapé rouge /Michèle Lesbre ; Sabine Wespieser, 2007.

 Anne, la narratrice embarque à bord du Transsibérien à la recherche de Gyl, son ex-compagnon exilé près du lac Baïkal. Ensemble, ils ont milité, porté par de belles utopies. Qu'en restent-ils aujourd'hui ?

Les paysages défilent et Anne se souvient de Clémence, la vieille dame de son immeuble assise sur son canapé rouge à qui elle faisait des lectures. Sans relâche, Anne lui raconte la vie d'Olympe de Gouges, Marion du Faouët et Milena Jesenska. Trois femmes de caractère, libres et courageuses qui ne cessent de les émerveiller. Au fil de ces rendez-vous improvisés, Clémence ouvre l'album de ses amours perdus et dit le bonheur qu'elle avait à vivre alors. Chacune se dévoile tandis que jaillit une intense et belle complicité. Dans la Russie chaotique, Anne oubliera la quête de son voyage car Clémence lui a révélé que malgré les défaites, les chagrins, les désillusions la force de vie est plus forte que tout.

( Par petites touches délicates et pudiques l'auteure nous brosse le portrait de deux femmes bouleversantes d'humanité. Ponctué de références littéraires, de secrets révélés, d'expériences éphémères, de tendresse dévoilée, Clémence offre à Anne , ce qui l'a animé sa vie durant, la passion d'aimer.

Nathalie, secteur adultes

 

Le Voyage de Haviland Tuf /George R.R. Martin ; Mnémos - Icares SF, 2006.

 Loin dans l'univers, une planète est ravagée périodiquement par des épidémies, lors du passage d'un astre appelé « l'étoile de la peste ». Quelques années plus tard, une équipe de chercheurs, accompagnée d'hommes de mains, peu fréquentables engage Haviland Tuf pour les amener jusqu'à cette étoile.

Haviland Tuf est un marchand, à la personnalité affable, très affable, grand, très grand, entièrement glabre, à la peau crayeuse. A part une curiosité dévorante, il a la passion des chats. La découverte que l'équipée fait va le propulser du rang de marchand malchanceux à celui d'ingénieur écologue. Et provoquer des remous au niveau planétaire. Pour commencer sur celle de S'uthlam, où il va rencontrer Tully Mune, et remplir son premier contrat.

( Ode au contrôle des naissances, avertissement contre les sociétés expansionnistes, démonstration qu'avoir le pouvoir n'est pas qu'une satisfaction de l'ego, mais aussi une terrible responsabilité tels sont les thèmes abordés. En tout cas, critique affable, à l'image de son personnage principal, des sociétés menées par le gain, les religions, ou des habitudes ancestrales. Le personnage principal est d'une affabilité inhumaine, basant tout raisonnement sur une logique glaciale, prenant toutes créatures comme autant de pièces d'un problème, pas plus. Cela peut faire froid dans le dos, mais le pire, c'est que l'on fini par être d'accord... avec un génocide prémédité, pour le bien commun, par manque d'autres solutions moins injustes, et devant des prévisions encore plus catastrophiques et inévitables, mais laissant le libre arbitre à chacun.

Néanmoins, la lecture est agréable, facile à suivre, l' humour sarcastique comme un récit de « space opera ». Le rappel, la répétition de certains détails au début des six histoires qui constituent ce roman, donnent l'impression que chaque récit a été publié individuellement avant d'être réunis. Tous les personnages sont bien construits, équitablement, même si les deux plus importants restent Haviland Tuf et Tully Mune, sorte de conscience morale et humaine malheureuse, représentante du droit à l'auto - détermination, parce que sans effet, du marchant devenu dieu. Sans oublier les chats, bien entendu, seul lien réel entre Tuf et l'humanité.

Claude L., secteur adultes

Les rendez-vous / Christian Oster

 Dans ce livre, Christian Oster aborde un thème qui lui est cher : la séparation. Comme dans un autre de ses romans, L'imprévu, il fait de l'agonie du couple un moment décisif qui va précipiter la vie du narrateur dans un profond sentiment d'absurdité, propice à une prise de conscience par l'écriture.

Ici, le narrateur est abandonné par sa femme, Clémence, qui le quitte sans lui donner de nouvelles. Le poids de cette absence, le narrateur décide pourtant de le réduire en inventant un petit stratagème : il fixe des rendez-vous fictifs à sa femme et choisit donc les moments où il l'attend, où il constate son absence qui finit paradoxalement par l'accaparer pleinement, le solliciter. Ce petit arrangement fonctionne suffisamment pour convaincre le narrateur qu'il est toujours « en relation » avec sa femme grâce à ces rendez-vous manqués.

Mais tout bascule, lorsque le Simon, le meilleur ami du narrateur, lui apprend que sa femme, Audrey, l'a également quitté sans lui laisser la moindre information. Etrangement, Simon demande au narrateur de venir chez lui pour y attendre le retour d'Audrey. Le singulier rituel de la soirée d'attente s'instaure et finit par perturber le narrateur qui n'est plus libre, lui, d'attendre Clémence !

( Comme dans ses autres livres, Christian Oster parvient à dépeindre avec talent le désarroi d'un homme confronté à une situation absurde aux accents burlesques. Son écriture parvient à se faire le reflet de cette existence en déroute, à l'affût de tous les signes capables de lui redonner un sens, dans un style ample, restituant toute la confusion mentale qui s'empare du narrateur. L'épreuve endurée par le personnage se métamorphose alors en une véritable invention littéraire.

Marc, secteur adultes

 

Le vaisseau des morts / B. Traven ; UGE, 1987.

 Le bateau de Gérard Gale a quitté le port d'Anvers sans lui. Commence alors pour ce marin américain une odyssée à travers l'Europe des années 1920. Sans papiers, sans argent, il n'est plus rien, n'existe plus, chaque pays tente de se débarrasser de lui en lui faisant passer la frontière la plus proche en douce. Il s'embarque finalement sur la Yorikke, un vaisseau fantôme, un « vaisseau des morts », cercueil flottant voué au naufrage pour que l'armateur puisse toucher la prime d'assurance. Il y connaîtra l'enfer.

( Premier roman de B. Traven, publié en Allemagne en 1926, le Vaisseau des morts dénonce capitalisme et inégalités sociales. Si le burlesque l'emporte dans une première partie, le réalisme s'impose par la suite pour décrire les conditions d'existence de ceux qui, dépouillés de tous leurs droits, morts vivants, acceptent les indignités les plus scandaleuses, sans pourtant cesser d'espérer.

C'est un hommage vibrant aux forçats des mers victimes de l'avidité et de la tyrannie, aux déshérités privés de patrie et d'espoir jeté dans l'enfer des soutes pour devenir des épaves humaines.

 

B. Traven, portrait d'un anonyme célèbre / Golo ; Futuropolis, 2007.

Quelle aubaine ! Golo publie une bande dessinée formidable sur la vie mouvementée et énigmatique de cet auteur majeur du XXème siècle.

Christine, secteur adultes

 

L'écho des cavernes /Pierre Davy ; Syros jeunesse/Les uns les autres, 2002.

 De la nécessité d'inventer le langage : pourquoi ? comment ? selon Sapiens...

( Un petit livre plein d'humour qui ne se prend pas au sérieux et séduit néanmoins les plus doctes, tel Yves Coppens qui en signe la préface.

Emmanuelle, secteur jeunesse

L'univers en folie / Frederick Brown ; Gallimard, 2002.

 Keith Wilson est journaliste dans un magazine de science-fiction. Normal donc qu'il lise le courrier des lecteurs. Une fois achevé son travail, il sort s'asseoir sur un banc pour voir l'éclair qui annonce le lancement de la première fusée en partance vers la Lune. Mais voilà, le lancement se solde par un échec et la fusée retombe dans le jardin du patron de Keith. Les enquêteurs pensent que l'explosion a tuée tout le monde, même s'il leur manque un corps. Pour eux, Keith (la victime manquante) devait se trouver au centre de la déflagration et a dû être désintégrée. Leur 1ere conclusion est correcte mais pas la seconde...Keith est bien en vie mais sur une autre terre à la fois semblable et différente, étrangement familière dans tous les cas.

( L'auteur s'amuse en décrivant les péripéties d'un homme confronté à l'étrange. Rien de plus banal dans l'univers de la SF. Mais Brown joue avec les règles des « plups » des années 60 (monstre tentaculaire, femme en habit de cosmonaute réduit à un simple maillot de bain, singes à l'intelligence surdéveloppée...).

Humour et terreur se mêlent avec bonheur. La scène des nocturnes qui occupe la ville de nuit fait froid dans le dos. Certains pourraient être déçus par la fin (ce fut ma première réaction), pourtant quand on y réfléchit elle est terriblement logique rendant bien compte de la nature humaine.

Joël, secteur adultes

 

Brooklyn Follies / Paul Auster

 Nathan Glass revient à Brooklyn à 60 ans, le quartier de son enfance, pour y finir sa vie. Après un divorce et un cancer dont il s'est miraculeusement remis, il n'a plus rien à attendre de la vie qu'une fin tranquille, à défaut d'être heureuse. Mais ce retour devient le début d'un nouveau voyage qui va croiser l'itinéraire de Tom Woods, son neveu.

Entre le vieil homme qui se plaît à recenser les facéties de l'existence dans une « chronique de la folie humaine » et son neveu qui a renoncé à une thèse prometteuse, va naître une complicité touchante évoquant celle du paralytique et du jeune homme à la recherche de son père dans Moon Palace.

( Comme dans tous les livres de Paul Auster, l'aventure romanesque est alimentée par une spéculation littéraire. Dans le cas de Brooklyn Follies, l'histoire repose sur une thèse : est-ce que toute fiction n'est pas un moyen pour mettre entre parenthèses la réalité, pour substituer à la réalité une vie intérieure qui serait toute imaginaire ?

Dans cette aventure résonne énormément le drame du 11 septembre, vécu comme un choc qui vient mettre à mal la plupart des illusions. Ce n'est pas un hasard si le livre s'achève un quart d'heure avant la chute de la première tour du World Trade Center.

Jusqu'à cet événement tragique, Paul Auster nous fait voyager dans une Amérique où chacun tente de se reconstruire. Au fil d'un long parcours où Nathan Glass découvre une nouvelle existence en retrouvant tous les siens, Paul Auster dresse le portrait d'une Amérique inquiète, en proie à une sorte de stoïcisme et de résignation face à au retour des conservateurs, qui, on le sent, le désespère profondément.

 

Marc, secteur adultes

 

Blacksad : Quelque part entre les ombres (t.1)/BD illustrée par Juanjo Guarnido (d'origine espagnole, a travaillé pour Marvel Comics et Walt Disney) ; scénario de Juan Diaz Canale ; Dargaud, 2000.

 Blacksad est détective privé. Il mesure dans les 1,80 m, a une allure sportive et le visage d'un chat noir. Il a été appelé pour reconnaître un corps. Celui d'une de ses anciennes amantes qui fait partie de ses meilleurs souvenirs amoureux. Il va donc mettre tout en œuvre pour identifier le meurtrier qui rôde dans la jungle urbaine.

( Le scénario est un vrai petit polar un peu trop esquissé. Les dessins sont superbes et l'originalité tient au traitement des personnages, tous mi-hommes, mi-bêtes.
Chaque tome raconte des enquêtes indépendantes qui se lisent séparèment. Vous pouvez donc poursuivre avec plaisir la lecture des « Histoires des aquarelles »

Joël, secteur adultes

 

Rien dire / Bernard Friot ; Actes Sud Junior/D'une seule voix, 2007.

 Brahim doit se préparer à l'oral de français, pour mettre toutes les chances de son côté, lui « l'intégré », suit un stage avec sa prof de français. Mais voilà Brahim n'a rien à dire, ou plutôt, il en a tellement sur le cœur que ça déborde...

( Nous sommes dans la tête de Brahim et les pensées se mêlent et s'entrechoquent, anodines en apparence... Un magnifique voyage intérieur, où Bernard Friot montre par touches impressionnistes le malaise de ces jeunes « Français d'Origine Incontrôlée ».

Emmanuelle, secteur jeunesse

 

Le nouvel amour / Philippe Forest ; Gallimard, 2007.

 Hymne à l'amour, à la puissance des sentiments, « Le nouvel amour » est une auto-fiction dans laquelle Philippe Forest dissèque avec lucidité et intransigeance la beauté et la difficulté d'aimer. Après la mort de sa fille, sa relation avec sa femme, Alice, se délite. Mais il reste entre eux des succédanés d'amour et surtout le fantôme de leur fille disparue. La rencontre avec Lou est un électrochoc. Tapi dans une souffrance et une solitude résignée, le déferlement des sentiments qui l'assaille signe pour lui le retour à la vie . Même si très vite, le lecteur pressent le déchirement final.

( Sans nombrilisme aucun, ni effet de langage superflu, Philippe Forest se met à nu, loin des clichés, pour évoquer l'état d'amour. Le désir, le manque, les bonheurs simples, les doutes, les choix qui vous empoisonnent. Un livre très émouvant qui se lit comme une déclaration d'amour.

Nathalie, secteur adultes

 

Le Bois de Merlin /Robert Holdstock ; 1994 ; Mnémos, 2005.

 A notre époque, près de la Forêt de Brocéliande, Martin et Rebecca retournent dans le village de leur enfance, à l'occasion du décès de leur mère. Leur ancienne histoire d'amour reprend vie, et ils décident de s'installer dans la maison familiale, malgré la dernière volonté de leur mère.

De cette union née Daniel. Cependant, cet enfant est aveugle et sourd. Mais ses infirmités vont disparaître avec le temps, tandis que Rebecca perd inexplicablement la vue et l'ouie.

Martin, effondré, va rechercher une raison, et une solution à cela, avec l'aide du prêtre du village, le père Gualzator. La raison ne se trouvera pas dans la médecine, mais dans les contes, les légendes de cette région de Bretagne, plus précisément dans celle de Merlin et la fée Viviane.

( Une relecture du mythe de Merlin, écrite avec tout l'art de Robert Holdstock. Cela donne un roman pas vraiment simple à lire, mais d'une grande sensibilité. L'auteur y entremêle deux histoires d'amour distantes de deux mille ans, noyées dans un univers fabuleux, mais aussi violent et douloureux. Merlin et Viviane, Martin et Rebecca, avec Daniel comme point d'intersection, tout aussi bien géographique que temporel.

Le cadre, un village où les enfants dansent parmi les fantômes, où le prêtre chrétien officie autant pour l'église que pour la Colline... tout cela est étrange, mais ne paraît pas pour autant anormal à la communauté. Dans cette région, religion et anciens rites cohabitent, chacun prenant, gardant ce qui lui correspond, lui paraît juste.

Un livre tout autant rempli de bonheur que de tristesse, ou existences éternelles côtoient la si courte vie humaine. Une histoire ou les points de vue se télescopent, millénaire contre dizaine d'années. L'éternelle histoire de l'amour qui ne compte pas le temps.

Claude L., secteur adultes

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