Invit'à lire du samedi 05 avril 2008
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Les Invit' à lire du Samedi 05 avril 2008

Portnoy et son complexe / Philip Roth, Gallimard
Portnoy et son complexe se présente comme le long récit d'une psychanalyse. L'analysant et narrateur est présenté d'emblée comme un cas d'école : il s'agit d'un juif américain qui souffre d'une érotomanie chronique indissociable pour lui du souvenir de sa mère excessivement attentionnée et éminemment castratrice. Dans ce cadre propice à l'humour, le texte décrit la difficulté d'être juif pour un jeune américain qui grandit dans les années 60, au moment de la libération sexuelle. A travers de multiples anecdotes truculentes et parfois osées, le lecteur découvre la vie d'un homme qui ne parvient pas à concilier identité sexuelle et identité religieuse. L'issue de la cure dépend peut-être d'un retour aux sources, accompli dans un voyage en Israël plein de surprises...
Le Magicien de Lublin / Isaac Bashevis Singer
Dans la Pologne du début du siècle, Le magicien de Lublin relate la vie de Yasha, un juif qui pratique la magie et l'hypnotisme dans la petite ville polonaise de Lublin. Considéré comme un mécréant par sa communauté pour ses mœurs libertines et sa profession, Yasha est toutefois animé d'un véritable respect pour la religion de ses ancêtres. Même s'il aime sa femme Esther, il est épris d'Emilia qu'il voudrait rejoindre à Varsovie, mais il a pour cela besoin d'une importante somme d'argent qu'il ne peut se procurer que par le vol. Dans l'impossibilité de concilier sa quête du bonheur et sa conscience morale, Yasha va peu à peu s'interroger sur son identité juive et l'essence de la morale religieuse.
A travers l'itinéraire personnel de son héros tenté par la transgression de règles ancestrales sacrées, Isaac Bashevis Singer parvient à nous faire découvrir de manière très émouvante l'intimité du sentiment religieux judaïque.
Histoire d'une vie/Aharon Appelfeld. Ed de l'Olivier, 2004
Ce livre n'est pas une autobiographie traditionnelle, chronologique mais le récit non linéaire de fragments de vie avec pour thème fort le cheminement d'un homme vers l'écriture. Aharon Appelfeld est né en Roumanie en 1932. Ses parents sont des intellectuels assimilés »s communistes non pratiquants qui parlent l'allemand (l'usage du yiddish est proscrit à la maison). Ses grands-parents vivent à la campagne, vont à la synagogue et parlent yiddish, la population alentour parle le ruthène (ancienne population slave de l'actuel Ukraine). Son contact avec la religion se résume à quelques visites à la synagogue quand il séjourne chez ses grands-parents. Enfance heureuse qui bascule à 7 ans. Montée du nazisme, exil dans le ghetto de Czernowitz en Ukraine où sa mère est assassinée, longue marche forcée vers un camp de concentration ukrainien d'où il s'évade. A dix ans, il survit seul durant 4 ans dans la forêt, trouve refuge chez une prostituée et des paysans qui l'héberge contre du travail. A la fin de la guerre, commence un voyage dans les camps de rescapés,(il vit en haillons au sein d'un groupe d'adolescents fuyant l'humanité) puis sur les bateaux qui l'emmènent en Palestine. Un périple riches d'anecdotes, de rencontres étonnantes mais aussi effrayantes. Il se mêle aux cohortes d'orphelins que l'on rudoient souvent, que l'on corrompt, que l'on embrigade pour voler. En Palestine, c'est de nouveau un camp de jeunesse, une école agricole, puis l'armée. Il étudie à l'université hébraique de Jérusalem et devient professeur de lettres, lui qui a quitté l' école a 7 ans.
Ce livre est bouleversant à plus d'un titre. Ce n'est pas un récit factuel mais une survivance de charges émotionnels inscrites dans son corps.
C'est aussi la reconstruction d' une identité. Et elle passe par l'apprentissage de l'hébreu. Effort douloureux pour Appelfeld dont la langue est l'allemand ou le yiddish. Ne plus parler ses langues c'est rompre une 2eme fois avec sa famille.
Enfin, ce sont des rencontres avec des écrivains et professeurs (Martin Buber, Agnon) qui le feront entrer en contact avec sa culture juive et trouver sa propre expression.
C'est tout ce parcours, cette renaissance douloureuse qui est particulièrement intéressant.
Nathalie, secteur adultes
Mari et femme /Zeruya Shalev. Gallimard, 2002
C'est l'histoire d'un naufrage, du délitement du couple. Naama est assistante sociale. Oudi guide touristique dans le désert. Ils ont une fille de 10 ans, ne sont ni heureux ni malheureux, une vie ordinaire en somme. Ils ont fait un mariage d'amour mais le temps a fait le reste : petites trahisons, mensonges furtifs, rêves d'adultère, compromis, rancoeurs. Jusqu'au jour où à l'heure de conduire sa fille à l'école, Oudi le grand promeneur sent ses jambes se dérober. Le médecin diagnostique une paralysie psychosomatique. Rien de physiologique mais plutôt un stress que le sujet transforme en problème physique.
Une jeune femme utilisant des médecines tibétaines et adepte de cette religion va entrer dans leur vie, les écouter, pointer leur maux, les faire réfléchir sur ce qu'ils sont, leurs attentes, leur fonctionnement . En les poussant à le réflexion, elle va les acheminer vers leur destin qu'ils doivent enfin prendre à bras le corps.
Avec une écriture aux aguets, fouineuse, sinueuse, Zeruya Shalev s'attache à un sujet classique et universelle, la lente décomposition du couple. Sa puissance d' écriture nous entraîne dans un chaos émotionnel. Il se dégage une telle authenticité de son style si imagé que le lecteur voit se dérouler le film qui leur parle au tréfond de leur moi le plus intime.
Nathalie, secteur adultes
