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La Maison dite de Richelieu

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Tags: patrimoine | Bagneux

La Maison dite de Richelieu

Future Maison de la musique et de la danse, cette propriété, actuellement en travaux, se situe rue Etienne Dolet, dans le parc Richelieu. La découverte de poutres peintes à la française du XVIIe siècle, très rares en région parisienne, a conduit l'Etat à inscrire les plafonds, façades et toiture de ce bâtiment à l'inventaire des Monuments historiques (février 2006).
L'histoire de la maison dite de Richelieu, qui va occuper notre rubrique « Bagneux Patrimoine » durant plusieurs mois, commence par un mystère : celui de son origine et de son appellation. Nous ne disposons, à ce jour, d'aucun document officiel prouvant l'intervention du célèbre Cardinal dans la construction de cette demeure. Le plus ancien témoignage que nous possédons sur ce sujet nous est livré par l'abbé Lebeuf (1687-1760), dans sa magistrale étude intitulée Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris (1754-1758).
« Une fameuse maison de Bagneux, suivant ce que les Anciens du Pays en disent, a été bâtie par M. Benicourt, favori du Cardinal de Richelieu et Entrepreneur des Armes et Armées de France, des deniers, à ce qu'on a cru, de son Eminence, et pour servir à ses conférences secrètes... ». Les registres paroissiaux de la commune, ainsi que plusieurs documents qui se trouvent aux Archives nationales, attestent bien de la présence d'un Binicourt, dit aussi Bunicourt, Bénicourt ou Bignicourt à Bagneux, dans les années 1630-1640, où il possède une maison et des vignes. Si Richelieu ne cite pas ce Benicourt dans ses mémoires, ce n'est pourtant pas un inconnu car il se trouve mêlé à plusieurs épisodes historiques de son temps...

 

Pierre Bignicourt et la construction de la maison

Qui est donc ce Pierre Bignicourt (ou Bénicourt) qui fait construire la maison dite de Richelieu dans les années 1630 ? Epoux de Marie Desgroux, il est dit « quincaillier ordinaire du Roi » et tient boutique à Paris, rue de la Pelleterie (actuel Quai aux Fleurs), à l'enseigne de « La Chasse royale ». Au XVIIe siècle, un quincaillier vend des marchandises en fer ou en cuivre : chaudronnerie, articles de chasse, poudre, plomb... Il tient lieu d'armurier. C'est d'ailleurs à ce titre que Bignicourt laissera son nom dans les chroniques de l'histoire de France. En effet, durant la Fronde (révolte des parlementaires et de certains grands du Royaume face à la pression fiscale qui suit la guerre de Trente Ans, dans un contexte de crise économique) qui enflamme Paris de 1648 à 1652, Bignicourt va fournir en poudre et en armes l'armée royale. Cela lui vaudra d'être cité dans une « Mazarinade » (pamphlet contre Mazarin) datée du 4 mars 1649. Le 15 mars de la même année, il contribue à sauver la vie de Particelli d'Emery (surintendant des Finances qui créa les taxes à l'origine de la Fronde). Tandis que des manifestants s'apprêtent à le jeter dans la Seine, il le recueille dans sa boutique, aidé par un avocat du Châtelet et, l'ayant déguisé, le fait sortir par une porte dérobée.
Bignicourt conservera sa maison de Bagneux jusque dans les années 1660, étendant son domaine en achetant plusieurs pièces de terre et de vigne tout autour. Cette maison servit-elle vraiment aux conférences secrètes de Richelieu ?

 

Les fameuses oubliettes de Richelieu

C'est avec Barthélémy Thoynard (Thoinard), qui achète la propriété en 1733, que va prendre corps l'histoire des conférences secrètes de Richelieu. Voici comment Bouffonidor (personnage attaché au chevalier Zénon, ambassadeur de Venise à Paris) raconte cette anecdote dans son ouvrage Les Fastes de Louis XV, de ses ministres, maîtresses, généraux..., publié en 1782:

« Ce Cardinal avait à Bagneux une maison qui a retenu le nom des Oubliettes et qui a été achetée, il y a vingt ans par le fermier général Thoinard, dans l'espoir qu'en la fouillant, il y trouverait de quoi se dédommager du prix. Nous dirons, en forme de parenthèse, qu'il n'y a personne au monde, que sa femme, qui puisse disputer avec Thoinard, d'avarice. Ce Plutus est avec ses trésors, suffisant, fat, en un mot, c'est la chiasse des hommes. Thoinard ne fut pas trompé dans ses spéculations ; il trouva, en effet, un puits dont l'ouverture était bouchée, dans lequel étaient les ossements de plus de quarante cadavres, avec les débris de leurs vêtements, montres, bijoux, argent... Le Cardinal qui avait pour habitude de tout sacrifier à son ambition, se défaisait des gens qu'il n'osait ou ne pouvait attaquer publiquement, en les comblant de caresses et de marques d'amitié. La dernière preuve était de les faire sortir par un escalier dérobé, au milieu duquel était une bascule, que ce ministre avait l'humanité de lâcher lui-même. L'on tombait alors dans un puits qui avait, au moins, cent pieds de profondeur. Les premiers qui l'essayèrent furent ceux qui l'avaient creusé. »
Les squelettes de la maison des Oubliettes étaient-ils réellement ceux des victimes de Richelieu ? Voilà un mystère qui ne sera jamais élucidé. La maison garde son secret !

 

Evolution du domaine

Des années 1630 à 1660, date probable de la mort de Pierre Bénicourt, ce dernier ne cesse d'agrandir le « domaine Richelieu » en achetant différentes pièces de terre et de vigne au lieu-dit le Clos Lapaume. Le vin de Bagneux étant particulièrement prisé, plusieurs « Bourgeois de Paris » possèdent leur propre vigne. C'est le cas de François Dériot, garde-vaisselle du roi. En octobre 1643 , Bénicourt lui achète une vigne et quelques mois plus tard, les héritiers de Dériot lui vendent une grande bâtisse et un jardin de l'autre côté de la rue d'Arnault (actuellement rue Albert Petit), près de l'Hôtel de Chevreuse, propriété qui s'étend jusqu'à la rue du « Monceau ». L'acte de vente, qui se trouve aux Archives nationales, nous donne une description des deux corps de logis de ce bâtiment. Le second se compose de caves et caveaux, cuisines, chambres, garde-robe et cabinet et à l'étage, d'une galerie pour aller aux lieux d'aisance et d'un grenier. La grande cour comprend un espace qui servait jadis de pressoir et qui était devenue un fouloir, des écuries, une remise à carrosses. Notons que c'est ce même Dériot qui, en 1633, fait don à l'église Saint-Hermeland d'un bénitier qui s'y trouve encore. En septembre 1647, Bénicourt engage un couple de domestiques pour 6 ans et le contrat stipule qu'ils recevront 90 livres en deniers, plus 6 setiers de blé et deux muids de vin blanc du cru du terroir de Bagneux, vin vraisemblablement issu de ses vignes.
Quelques années après la mort de Bénicourt, en 1665, le domaine qu'il a constitué est scindé en deux parties et vendu par sa veuve. La partie Nord, qui comprend la maison dite de Richelieu, est acquise par Jean Goupil (conseiller, secrétaire de la Maison et Couronne de France et de ses finances) pour la somme de 27100 livres, prix élevé pour l'époque ; la partie Sud à François de Lantage, secrétaire du roi.

 

La découverte des poutres peintes

C'est lors des premiers sondages, au printemps 2004, qu'apparurent les solives peintes de la maison. On découvrit, sous le plâtre, un plafond « à la française » sur tout le corps central du bâtiment. Le décor des poutres ne laissa aucun doute aux spécialistes. Les ornements étaient typiques des années 1630-1660. Claire Vigne-Dumas, qui prépara le dossier de classement pour les Monuments historiques, écrit dans le Bulletin monumental de la Société française d'archéologie : « Le décor de ces plafonds semble directement dérivé des cahiers de modèles d'ornement dont on connaît la large diffusion auprès des artisans à partir du milieu du XVIe siècle... Ce décor fait penser à celui de l'Hôtel Cornuel, rue Charlot, découvert en 1978, ou du 4 rue Chapon, dans le quartier du Marais, ou même à l'Hôtel Sully, où des petits paysages sont peints dans les cartouches des poutres de basse salle. Sa présence dans un édifice situé dans les proches environs de Paris semble suffisamment exceptionnelle pour être soulignée. »
Ces poutres peintes, qui datent vraisemblablement de la construction de la maison vers les années 1630, ont été classées à l'inventaire des Monuments historiques, le 27 février 2006, ainsi que les façades et la toiture du bâtiment. Actuellement protégées, durant la durée des travaux, les peintures feront l'objet d'une importante restauration avant de s'exposer de nouveau, après quelques siècles, au regard des visiteurs.

 

Le Prince de Monaco

Vers les années 1696-1697, jusque vers 1704, la Maison dite de Richelieu eut pour propriétaire l'un des grands personnages du Royaume. Il s'agit d'Antoine Grimaldi (1661-1731), duc de Valentinois, qui devint Prince de Monaco en 1701, à la mort de son père Antoine 1er. Son mariage en 1688 avec Marie de Lorraine (1674-1724), fille de Louis, comte d'Armagnac, lui avait valu, grâce à l'influence de son beau-père, le rang de prince étranger pour lui et toute sa famille. Mais ce mariage allait très vite lui causer des soucis. Son épouse, dont Madame de Lafayette disait qu'elle était « plus coquette à elle toute seule que toutes les femmes du Royaume », n'avait guère d'estime pour son mari et alimenta la chronique amoureuse du siècle de Louis XIV.
« La duchesse de Valentinois était charmante, galante à l'avenant, et sans esprit ni conduite, avec une physionomie fort spirituelle ; elle était gâtée par l'amitié de son père et de sa mère et par les hommages de toute la cour, dans une maison jour et nuit ouverte, où les grâces qui étaient sa principale beauté attiraient la plus brillante jeunesse. Son mari, avec beaucoup d'esprit, ne se sentait pas le plus fort ; sa taille et sa figure lui avaient acquis le nom de Goliath. » (Mémoires de Saint-Simon)
Après bien des démêlés entre le duc et la duchesse de Valentinois, cette dernière, qui s'en était allée vivre de son côté « nageant dans les plaisir de la Cour » , fut contrainte de céder et, suite à l'intervention de l'archevêque de Paris, dut revenir chez son mari, soucieux d'avoir un héritier. Ce retour au domicile conjugal eut lieu le 27 janvier 1697.
Il est fait, à plusieurs reprises, mention du Prince de Monaco dans les registres paroissiaux de Bagneux. Ainsi, en 1702, il est noté que l'on retrouva un certain Mathurin Duchemin mort, « au milieu des champs, en dessous de l'avenue de M. le Prince de Monaco ».

 



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