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Invit'à lire du samedi 13 décembre 2008

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Tags: Invit'à lire
à 11h00, en section adulte

 

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Petit déjeuner avec Mick Jagger/Nathalie Kuperman, Ed de l'Olivier, 2008

Pré-adolescente de 13 ans, l'héroïne tombe follement amoureuse de Mick Jagger le lendemain d'une soirée où elle a dansé sur « Gemme shelter », l'un des grands tubes du groupe.. Dès lors son amour remplit sa vie et devient si prégnant qu'elle le vit comme une réalité. Un matin, alors qu'elle est seule chez elle avec sa meilleure amie, Mick Jagger dort dans la maison. Elle lui prépare son petit déjeuner. Café ou chocolat, croissants ou tartines, comment s'habiller pour déjeuner face à Mick ? Le roman s'articule autour de 9 petits déjeuners, où l'on découvre l'évolution d'une adolescente, son rapport au monde, à sa mère (figure dépressive depuis que son mari l'a quittée et qui va de cure de sommeil en cure de sommeil), à la sexualité qui est un point d'achoppement car il dissimule un traumatisme lié à l'enfance.

Mêlant fiction et auto-fiction (car l'héroïne s'appelle Nathalie Kuperman),l'auteur à partir d'un souvenir réel (Mick Jagger a réellement été un coup de foudre de son adolescence et la préparation du petit déjeuner est véridique) et par un va-et vient entre passé et présent évoque des époques de sa vie où se mêlent réel et imaginaire. La force du récit est que l'on est sans cesse balloté entre rêve et réalité et de cette confusion émerge l'histoire douloureuse d'une adolescente, décrivant le fantôme d'une mère qui est là sans être là, toujours endormie pour fuir la réalité alors que Nathalie, elle, se crée un rêve d'amour qui la tient éveillée.

Nathalie, secteur adultes

 

 

Best love Rosie/Nuala O'Faolain, Sabine Wespiesser, 2008

Rosie Barry, après une vie riche faites de voyages, d'expériences professionnelles diverses et de rencontres amoureuses revient vivre dans sa ville natale pour s'occuper de sa tante Min qui l'a élevée. La cohabitation avec la vieille dame n'est pas toujours facile. Min est dépressive et alcoolique. Rosie la cinquantaine, poussée par des besoins financiers, décide d'écrire un ouvrage de développement personnel sur l'âge mûr et se met en relation avec un ancien ami, éditeur aux Etats-Unis. Puis, la vie des 2 femmes va s'inverser. Min, la sédentaire s'envole vers l'Amérique et décide à 70 ans d'enfin vivre sa vie alors que Rosie, tombe sous le charme d'une vieille maison familiale inhabitée, sans eau ni électricité perdue au bout d'une presqu'île battue par les vents et d'une chienne abandonnée que tout effraie. Ce roman est totalement attachant car Nuala O'Faolain brosse une galerie de personnages complexes mais habités d'émotion et de tendresse. Tout en racontant des anecdotes de la vie de tous les jours, elle fait passer des messages sur l'amitié, l'amour, le vieillissement. Elle s'insurge aussi sur la vision que la société porte sur les femmes qui ont passé la cinquantaine, ces années qu'elle qualifie de « douces-amères ». Elle adresse une critique virulente à ces « prétendus » manuels de développement personnel car elle défend l'idée que chacun à sa manière peut construire une vie dépassant les barrières de l'âge.

Nathalie, secteur adultes

 

 

Le potager : le savoir faire de deux maîtres jardiniers / Michel Lis et Claude Bureaux , éd. Ulmer, 2008

Les deux auteurs, tous deux jardiniers passionnés, auteurs de plusieurs ouvrages et chroniqueurs à la radio (l'un sur France inter l'autre sur Europe 1) nous parlent avec amour du potager.
Ce livre se découpe en plusieurs parties : une partie sur les techniques de jardinage raisonné : amendements, rotation des cultures, arrosage... en utilisant essentiellement des méthodes biologiques. Un calendrier du potager : mois par mois ce que l'on doit faire au jardin et ce qu'on peut y semer, repiquer, récolter... Une partie sur tous les légumes de A à Z ( avec pour chacun :variétés, sol et exposition, culture, maladies...) Un index et une liste d'adresses utiles.

Si vous avez un bout de jardin, un bon livre pour vous aider à obtenir de bons légumes dans le respect de l'environnement.

Claude D. Secteur adultes

 

 

La tendresse des loups / Stef Penney Belfond, 2008

Hiver 1867, à Dove River, un petit village du grand Nord canadien, vit une communauté écossaise accrochée aux convenances de la mère patrie. Une fermière, Mme Ross découvre le corps du trappeur Laurent Jammet égorgé et scalpé dans sa cabane, c'est l'horreur, la stupéfaction dans le village. Francis le fils adoptif de Mme Ross, un adolescent tourmenté et difficile, a disparu... La compagnie de la baie d'Hudson qui a le quasi monopole sur le commerce des peaux dans le secteur dépêche Donald Moody, un jeune homme un peu naïf peu habitué au climat du grand nord, pour retrouver le coupable. Plusieurs personnes vont, tour à tour, être soupçonnées. Parker un indien trappeur énigmatique est arrêté, puis les soupçons s'orientent vers Francis. Sa mère accompagnée de Parker se lance à sa recherche persuadée de son innocence, les envoyés de la Compagnie le recherchent aussi persuadés eux de sa culpabilité. Commence alors le récit de ces expéditions dans les étendues glacées du Grand Nord, dans des conditions extrêmes...

Un très beau premier roman, un roman d'aventures. Les conditions climatiques, les paysages magnifiques, les difficultés du voyage sont si bien décrits qu'on a l'impression d'y être, fascinant...

Claude D. Secteur adultes

 

Le porteur de cartable / Akli Tadjer Lattès, 2002

Mars 1962, Omar, 10 ans fait partie d'un réseau du FLN à Paris . Il a dans son cartable un petit carnet bleu, un petit carnet sur lequel il note les résultats de sa tournée, son rôle est de prévenir les militants du passage du collecteur du FLN, il met des croix pour ceux qu'il a prévenu, des excuses pour ceux qui ne peuvent donner... Omar est aussi un petit garçon comme un autre, avec ses peines et ses joies, il va à l'école et est amoureux de Thérèse sa maîtresse, il vit avec ses parents dans un tout petit appartement sans douches ni WC et rêve de l'appartement d'en face... Un jour débarque une famille de pieds noirs rapatriés d'Algérie, ils s'installent dans ce fameux appartement, Omar est jaloux et furieux, Raphaël le fils de cette famille est très malheureux. Ils vont commencer par se détester, puis petit à petit ils vont devenir amis.

La guerre d'Algérie, le racisme, l'intégration, des sujets graves évoqués avec beaucoup d'humour, un roman de la réconciliation.

Claude D., secteur adultes

 

Courage et patience / Akli Tadjer Lattès, 2000

Omar revient de Kabylie où il vient d'enterrer son père. Paris, l'été est pourri , il pleut sans cesse, pour tout arranger les finances sont au plus bas, les facture impayées s'entassent. Omar écrit pour les autres : il est « nègre ». Son éditeur lui propose d'écrire la biographie d'un vieux truand, Robert Santucci. Il accepte sans enthousiasme. Omar le rencontre, lis des montagnes de coupures de presse et se met à la tâche. Petit à petit une sorte d'amitié se tisse entre eux, cet été n'est pas si pourri finalement.

Dans ce roman le récit de la vie d'Omar « nègre » à Paris est entrecoupé de passages du récit qu'il écrit sur la vie de Robert Santucci truand sur le retour. Comme dans tous les romans d'Akli Tadjer, l'humour est au rendez-vous

Claude D., secteur adultes

 

Les Années / Annie Ernaux, Gallimard

Annie Ernaux, née le 1er septembre 1940 d'une famille modeste, a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot, en Normandie. Elle est agrégée et professeur de lettres modernes et vit à Cergy, dans la région parisienne. Elle publie son premier roman Les Armoires vides en 1974. Elle a obtenu le Prix Renaudot pour La Place (1984).
Deux sentiments dominent son écriture: celui des différences sociales, de la coupure entre son premier milieu et le monde du savoir auquel elle a accédé, et celui de la domination masculine du monde. Elle dit fuir tout ce qui ressemble à la fiction, rechercher la réalité à partir du souvenir, des sensations, des sentiments, que ce soit celui de la honte sociale ou ceux de la passion. Pour elle, il y a plus de création et de travail sur la forme, en partant de la réalité qu'en imaginant.

Résumé :
Ni essai, ni confession, ni roman traditionnel, il s'agirait plutôt d'une autobiographie collective. Une écriture qui raconte à la fois l'histoire de tous et l'itinéraire de chacun, de la Libération jusqu'à nos jours.

«Ce ne sera pas un travail de remémoration, tel qu'on l'entend généralement, visant à la mise en récit d'une vie, à une explication de soi. Elle ne regardera en elle-même que pour y retrouver le monde, saisir le changement des idées, des croyances et de la sensibilité, la transformation des personnes et du sujet.»

En utilisant « on » « elle », l'écrivain a trouvé le ton et la distance pour poser son regard sur la femme qu'elle fut.

C'est à partir de photographies que l'écrivain se retourne : une poignée d'images vieillies. Qui est cette enfant, cette jeune fille, cette femme, jeune, puis moins jeune ? se demande l'auteur.

L'histoire du pays glisse sous les phrases : l'Occupation, la guerre d'Algérie, Mai 68, la conquête de l'espace, la crise du pétrole, la génération Mitterrand, la chute des murs, la montée des terrorismes, décembre 2006 : une descente au dessous de l'espérance, vers une «catastrophe» annoncée...

C'est une vraie réussite de reconstitution : les 60 dernières années de la société française - faites d'images et de choses entendues - avec le passage du temps imperceptible, comme dans la vie.

Un regard sur le monde d'une grande justesse : un régal à lire.

 

Christine, secteur adultes

 

Conversation en Sicile / Elio Vittorini, Gallimard

Né en 1908 à Syracuse, mort en 1966. Il entre au parti communiste clandestin en 1942 et participera activement à la Résistance. Autodidacte, fils de cheminot, romancier, traducteur de DH Lawrence, Faulkner, il est l'un des fondateurs du réalisme littéraire italien.

Cet ouvrage est unique pour deux raisons :
Par la place qu'il occupe dans l'histoire politique de l'Italie : après une première parution en feuilleton entre 1937 et 1938, ce récit est publié par l'éditeur Bompiani en 1941 et échappe un temps à la censure fasciste avant d'être dénoncé comme un « livre immoral et antinational ».

Ensuite par la place qu'il occupe dans l'histoire du cinéma italien : livre de chevet de toute une génération de cinéastes néoréalistes, de Visconti à Rossellini en passant par Vittorio De Sica.
Cette conversation en Sicile, qui se trouve étirée sur trois jours et trois nuits, est faite de plusieurs échanges. Dans chacune de ces conversations, il est surtout question de la misère, de la pauvreté, de la difficulté à exister dans ce monde en guerre (même si les mots " guerre " et " fascisme " ne viennent jamais sous la plume de Vittorini), voire plus simplement de la difficulté à être quelqu'un quelque part (qu'il s'agisse de la Sicile ou du reste du monde). Si l'on souffre, ce n'est pas tant à cause de malheurs personnels (la faim, la maladie, la rudesse de la vie) que de « la douleur du monde offensé ».
C'est une histoire simple qui raconte comment
après quinze ans de non-espérance et d'exil à Milan, Silvestro, fatigué, dépressif, agité par « d'abstraites fureurs » reçoit une lettre de son père qui vient de quitter le domicile conjugal. Poussé par le son perçant de « son fifre intérieur », il décide de retourner dans son île natale (la Sicile) pour y retrouver ses figuiers de barbarie et son soufre : ses souvenirs d'enfance et la Signora Concezione Ferrauto, la mamma.

 

Christine, secteur adultes

 

 

Tokyo Année zéro / David Peace, Rivage (Rossellini Allemagne Année zéro)

Ouvre une trilogie qui va évoquer le Japon post-1945 jusqu'aux JO de 1964)

Le 15 août 1946, l'inspecteur Minami est appelé sur les lieux d'un crime dans un quartier de Tokyo ou l'on a retrouvé le cadavre d'une femme non identifiée, puis découvre un second cadavre qui n'est plus qu'un squelette.
Tokyo n'est plus que ruines un an après la capitulation. Vaste chantier de reconstruction. (les Américains occupent le pays et lui impose une constitution)
C'est le chaos : les bandes s'affrontent (yakusas, formosans, chinois, coréen). Les japonais sont affamés.
Dans une ville étouffante, où maladie et famine tuent chaque jour, l'inspecteur Minami, ancien soldat qui souffre de nombreuses affections (de la peau, des yeux, du système digestif, de trouble du sommeil) va mener une enquête sur la piste d'un serial killer.
C'est la voix de l'inspecteur Minami qui déroule l'histoire : qui raconte la ville réduite en cendres, la dureté de l'occupation américaine , la lente évolution de l'enquête sur les traces d'un tueur en série, qui parle de ses faiblesses, de ses hontes. Il est hanté par les souvenirs atroces de la répression japonaise en Manchourie. Il est dévoré par une paranoïa galopante « Personne n'est qui il prétend être ».
Le style de l'auteur
Grand lecteur de James Ellroy, l'auteur avec un style si particulier, entêtant, fait de répétitions lancinantes, de monologues obsessionnels, de ruptures de ton vous prend, vous happe, vous entraîne dans un récit à la lecture éprouvante et envoûtante.
« C'est l'Amérique. C'est le Japon. C'est la démocratie. C'est la défaite. Je n'ai plus de pays. A genoux, sur le dos, du sang sur les cuisses. Je n'ai plus de peur »
C'est un livre très noir.
David Peace vit au Japon depuis 1994, il y a fondé une famille avec une Japonaise. Il a dédié ce livre à ses enfants. Le devoir de mémoire est très important pour lui : énorme travail de recherche qui accompagne ses romans.

« Personne ne se souviendra de quoi que ce soit » se lamente Minami

Christine, secteur adultes

 

De sang et d'ébène / Donna Leon, Calman Levy

(4 ème de couv)
Venise, un soir d'hiver. Un vendeur à la sauvette africain est assassiné au beau milieu de Campo San Stefano. Un groupe de touristes américains était sur la place, marchandant des contrefaçons de sacs de marque, mais personne n'a rien vu qui puisse aider la police.

Le commissaire Brunetti est chargé de l'enquête et il a du mal à comprendre les raisons d'un tel crime : les immigrants sans papiers vivent repliés sur eux-mêmes dans des squats insalubres, sans contact extérieur...

Cela ressemble fort à un règlement de comptes au sein de la communauté et sa hiérarchie lui conseille de laisser tomber ses investigations.

Mais Brunetti veut en avoir le cœur net. Il fouille les quelques affaires de la victime et dans une petite boite, il retrouve des diamants bruts dissimulés dans du sel...

Qui était réellement cet immigrant ? Et comment s'est-il retrouvé en possession d'un tel trésor ? Et pourquoi cherche-t-on à décourager le commissaire dans son enquête
Derrière un roman distrayant se cache une critique acerbe de la société italienne, gangrénée par la corruption, la drogue, le proxénétisme.

Christine, secteur adultes

 

La reconstruction /Eugène Green, Actes Sud, 2008

Eugène Green est né en 1947 aux Etats-Unis. Cinéaste, il a notamment réalisé "Le pont des arts" avec Natacha Régnier et Denis Podalydès. Auteur de plusieurs textes, "La reconstruction" est son premier roman. Il nous emmène de Paris à Munich dans les méandres d'un passé douloureux .

Résumé :

Professeur de littérature à la Sorbonne, Jérôme Lafargue a 54 ans, mène vie tranquille avec sa femme tchèque, Jana. Jérôme tient un journal intime. ll rend régulièrement visite à ses parents dont le père n'a plus toute sa tête.
Un jour, il découvre un curieux message laissé par un inconnu sur son répondeur. Un allemand, Johann Launer, souhaiterait le rencontrer lors de son passage à Paris. En fait, Jérôme lors d'un séjour à Munich en 1968, a fait la connaissance de son père. Cet allemand demande à Jérôme de l'aider pour découvrir ses véritables origines.
Le passé se fait présent et Jérôme Lafargue, perturbé, se plonge alors dans un voyage intérieur, au cœur de ses propres souvenirs et revit les quelques jours qu'il a passés à Munich, cette année-là, et durant lesquels il a rencontré celle qui est devenue sa femme.
Sa mémoire va progressivement revenir : il a recueilli jadis les confidences de Herr Launer, né en 1903 dans le royaume de Bohème, qui a subi et souffert de la deuxième guerre mondiale et du joug nazi.
Le roman dans un style sobre mêle de manière intéressante narration à la troisième personne, dialogues et journal intime.

A travers Jérôme Lafargue, Eugène Green nous livre ses réflexions sur la famille, les origines, la foi, la construction de l'Europe qui doit mettre fin aux erreurs du passé.

Christine, secteur adultes

 

Autoportrait / Edouard Levé, POL, 2008

Ecrivain et photographe, Edouard Levé s'est donné la mort le 15 octobre 2007, à l'âge de 42 ans après avoir remis à son éditeur un manuscrit intitulé Suicide.
Autoportrait est son troisième livre. En cent vingt-cinq pages, il se décrit nu ou habillé, sous toutes les coutures du quotidien. Physiquement. Psychiquement. En mettant sur le même plan ce qu'il pense « du ketchup et du suicide ». L'exercice n'est pas nouveau. C'est un livre « énumérateur », dans la filiation de Georges Perec. Ce qui distingue Autoportrait est son absence de pathos et d'affect, écrit avec une grande sobriété et une bonne dose d'humour.
Allez, je ne résiste pas, voici un petit extrait :
« Je me trouve plus souvent laid que beau », « Je me demande comment je me comporterais sous la torture », « Rire me désérotise », « A l'étranger, la rue est une exposition », « J'aime remercier », « Lorsque je rentre de voyage, le meilleur moment n'est ni le passage à l'aéroport ni l'arrivée à la maison, mais le trajet qui relie les deux : c'est encore du voyage, mais plus vraiment », « Creuser un trou me fait du bien », « Je me sens plus beau après la plage qu'avant »...
Il a commencé à écrire en se disant qu'il fallait qu'il laisse vite une trace de lui car il lui restait peut-être qu'un mois à vivre. Cela lui a pris trois mois. Au final, il gardera les choses en état, respectant l'ordre de l'écriture, retouchant juste les premières et dernières pages. J'ai été bouleversée par la simplicité avec laquelle il aborde les choses :
« Tu t'es tiré une balle dans la tête avec le fusil que tu avais soigneusement préparé. Tu as laissé sur la table une bande dessinée ouverte sur une double page. Dans l'émotion, ta femme s'appuie sur la table, le livre bascule en se refermant sur lui-même avant qu'elle ne comprenne que c'était ton dernier message ».

Christine, secteur adultes

 

 

Mon oncle le Jaguar / Joao Guimaraes Rosa (1908-1967), Albin Michel

Homme érudit, Joao Guimaraes Rosa a d'abord été médecin volontaire avant de voyager pendant près de vingt ans en tant qu'ambassadeur du Brésil en Allemagne, en France et en Colombie. A son retour à Rio de Janeiro en 1953, il se lance dans l'écriture. « Diadorim » son unique roman s'impose comme une œuvre majeure de la littérature mondiale.

« Mon oncle le jaguar » est une longue nouvelle, un monologue-dialogue. Un métis chasseur de jaguar, imbibé par l'alcool, reçoit dans sa cabane la visite d'un voyageur égaré. Il raconte ses chasses au jaguar, célèbre la férocité et la beauté du fauve et son remords d'avoir à le traquer pour vivre du commerce de sa peau.
Entrant dans la peau du jaguar, le narrateur bestial parle dans une langue unique où s'entremêlent interjections, onomatopées, cris d'animaux, mots portugais.... L'auteur a recueilli toutes formes de parler non écrit, pour revenir vers l'oralité primitive, vers les mythes et légendes du Brésil. C'est le langage qui permet « le moment magique de la métamorphose ».
Une nouvelle qui fascine par les trouvailles narratives et linguistiques, et par l'émotion née du destin d'un être dont l'animalité est le comble de l'humanité.

Christine, secteur adultes



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